L’agriculture arménienne : timides progrès et de nombreux défis à relever

Malgré son importance, l’agriculture a été le secteur quelque peu « négligé » du gouvernement  durant ces dernières années alors qu’elle représente, avec les industries agroalimentaires, plus du tiers du PIB du pays.

C’est le recul de 13,5% en 2010 qui a fait ressurgir les problèmes et les disfonctionnements du secteur au premier plan des préoccupations de l’Etat. Il est vrai que les très mauvaises conditions climatiques du printemps 2010 ont été la cause immédiate de cette dégradation, mais l’on sait que les performances de l’agriculture arménienne sont structurellement médiocres : importantes superficies cultivables laissées en friche, ignorance technique de beaucoup d’agriculteurs et villageois, non utilisation des nouvelles technologies, élevage à améliorer, taux d’intérêt trop élevés, mauvaise gouvernance, présence de monopoles…

C’est dans ce contexte qu’un nouveau ministre de l’Agriculture a été nommé et dès le début de 2011 une nouvelle impulsion a été donnée à ce secteur. Le gouvernement s’est engagé dans des programmes de soutien aux exploitations agricoles, des programmes de développement et d’encouragement à la création d’entreprises. Mais ce début de dynamisme doit perdurer pour produire les résultats escomptés.

Le soutien aux exploitations agricoles s’est matérialisé par des importations de semences et de plans de bonne qualité ainsi que de vaches laitières de race que l’Etat distribue ensuite aux exploitations et fermes à des conditions avantageuses.

Principaux indicateurs macroéconomiques (variation en %)

  2007 2008 2009 2010 2011
PIB    +13,7 +6,8 -14,4 +2.6 +4,6
Production industrielle +2,6 +2,0) -7,8 +9,7 +14,1
Production agricole +9,6 +3,2 -0,1 -13,5 +14,1
Construction +19,7 +1,7 -36,4 -3,3 -11,5
Commerce de détails +10,0 +4,4 +1,0 +0,6 +3,5
Services aux ménages +21,2 +13,8 +1,3 +3,8 +6,1
Exportations +17,5 -4,5 -34,0 +42,4 +27,7
Importations +49,7 +17,4 -25,3 +13,9 +10,7

 

De nombreux programmes de développement ont démarré aussi. Par exemple :

le programme CARMAC (Community of Agricultural Ressouces Management and Competitivness)  en collaboration avec la Banque Mondiale : amélioration de  la production de lait et gestion soutenable des pâturages.

le programme de création de capacités rurales supplémentaires lancé par l’IFAD (International Fund of Agricultural Development).

le programme pour accroître la compétitivité.
 

De même le gouvernement a encouragé la création de plusieurs entreprises agroalimentaires. On peut citer entre autres :

l’entreprise publique ‘Armenian Fruits Company’ en coopération avec l’IFAD.

une usine d’aliments pour animaux dans la région de Kotayk.  

une usine de production d’engrais naturels qui permettra de répondre complètement à l’ensemble de la demande à partir de 2013.
 

L’Arménie est aussi fortement intéressée par la modernisation de son parc de matériel agricole puisqu’aujourd’hui uniquement 5,6% de ce matériel a moins de 10 ans et donc correspond aux normes et techniques actuelles.

Des négociations sont en cours pour la construction d’usines d’assemblage et l’achat de machines agricoles. Certaines ont déjà abouti. Ainsi :

– la société Berriutyun commencera l’assemblage des moissonneuses de la marque finnoise ‘Sampo Rosenlew’ ; celle-ci assurera l’organisation de la production.

– l’assemblage en Arménie des tracteurs ‘Chinvan’, selon le modèle des tracteurs Belarus MTZ, est prévu aussi.    

– D’autres négociations sont menées avec l’organisme russe ‘Rosagromash’.
 

Sur un autre plan, les concepts de regroupement des terres agricoles et de promotion des coopératives agricoles ont été retenus par le gouvernement dans le cadre de la stratégie de développement rurale soutenable de la décennie 2010-2020.

Ils sont indispensables puisqu’aujourd’hui la production est limitée en raison de la petite taille des parcelles de terres et que sur 448000 ha de terres arables 130000 sont cultivées uniquement. Le regroupent des terres devrait pouvoir améliorer la compétitivité et attirer des investissements.

Par ailleurs, les coopératives agricoles permettraient d’améliorer les possibilités d’acquisition de matériels ainsi que les opportunités d’obtention de crédit.
 

Le financement du secteur agricole pose aussi de nombreux de problèmes.

Dans les régions rurales les emprunts sont faibles en moyenne (2000 à 3000 USD) ; mais 70% permettent plutôt de résoudre les problèmes sociaux courants des familles et ne servent pas au développement l’agriculture.

En plus, les banques ne sont pas prêtes à assumer  les risques élevés de ce secteur : 6 banques uniquement sur 21 travaillent avec les agriculteurs. Ces prêts ne représentent que 6% de l’ensemble des crédits.

Ils ont augmenté de 19% en 2010, mais les prêts aux industries agroalimentaires ont progressé de 32%. Ces entreprises plutôt modernes et bien gérées sont plus attractives pour les banques.

Enfin, selon une nouvelle décision du gouvernement, les taux d’intérêt des prêts à l’agriculture ne devraient pas dépasser 14% dont 4% subventionnés par l’Etat. Un fonds a été créé à cet effet.
 

Une nouvelle approche innovante est donc indispensable pour aider à la reprise de ce secteur clé pour l’économie de l’Arménie. Leministère de l’Agriculture est aujourd’hui en face d’un défi. Les résultats de son action permettront de juger s’il l’a relevé.

 

Gérard Achdjian

APRICOT Group

Mise en relations d’affaires avec l’Arménie

* Cet article a été publié dans « le Courrier » du Fonds Arménien de France, N° 66, mars 2012.